Filiale en devise étrangère : cours du jour, moyenne du mois ou taux budget ?
Par Cyril Coulange, fondateur et CEO de Heelio
Publié le
Ce qu'il faut retenir
- Le cours de conversion d'une filiale en dollars ou en livres change le chiffre d'affaires et le résultat du groupe en euros, même quand rien n'a bougé dans la filiale.
- Le cours du jour sert à lire la trésorerie, la moyenne du mois à lire le compte de résultat mensuel, le taux budget à comparer le réalisé au budget.
- Effet change = réalisé au cours réel moins réalisé au taux budget. Effet activité = réalisé au taux budget moins budget. Les deux additionnés redonnent l'écart total.
Une filiale qui tient ses comptes en dollars ou en livres doit être convertie en euros pour entrer dans les chiffres du groupe, et trois cours sont possibles. Le cours du jour dit ce que valent aujourd'hui, en euros, la trésorerie et les montants de la filiale. La moyenne du mois convertit chaque mois au cours moyen de ce mois, au plus près des opérations réelles. Le taux budget reprend le cours qui a servi à construire le budget : c'est le seul qui permet de comparer le réalisé au budget sans que le change se mélange à l'activité.
Le choix pèse lourd. Dans l'exemple chiffré plus bas, une filiale américaine affiche un chiffre d'affaires pile au budget en euros alors qu'elle a vendu 160 000 dollars de moins que prévu : c'est le dollar qui a comblé le trou. Un dirigeant qui lit seulement l'écart total passe à côté.
Pourquoi le cours choisi change le résultat consolidé d'un groupe ?
Les cours de cet article s'expriment en dollars pour un euro. Un cours de 1,18 veut dire qu'un euro achète 1,18 dollar. Pour passer de dollars en euros, on divise le montant en dollars par le cours. Quand le cours descend de 1,18 à 1,10, l'euro achète moins de dollars : chaque dollar gagné par la filiale vaut plus d'euros dans les comptes de la société mère.
Prenons un mois de chiffre d'affaires de la Filiale US Inc. : 200 000 dollars. Selon le cours retenu, la Société mère SAS lit trois montants différents (cours fictifs) :
- Au taux budget de 1,18 : 169 492 €.
- À la moyenne du mois de 1,10 : 181 818 €.
- Au cours du jour de 1,08 : 185 185 €.
Entre le premier et le dernier montant, il y a 15 693 euros d'écart pour exactement la même activité. Sur une filiale qui pèse un tiers du chiffre d'affaires du groupe, ce genre d'écart suffit à faire passer un mois de « dans le budget » à « au-dessus ». Le risque, c'est de piloter le groupe sur un mouvement de devise en croyant piloter des ventes. Ce sujet touche aussi la trésorerie et les achats en devise, traités dans le risque de change dans le pilotage financier d'une PME.
Cours du jour, moyenne du mois, taux budget : que montre chaque cours ?
Le cours du jour (ou cours de clôture). Il convertit tout au dernier cours connu, ou au cours du dernier jour de la période quand on arrête un mois. Il répond à la question « combien vaut cette filiale en euros aujourd'hui ? ». C'est le bon cours pour la trésorerie : 500 000 dollars sur le compte de la filiale valent 462 963 euros à 1,08, et 423 729 euros à 1,18. Ce qu'il cache : le compte de résultat bouge dès que le cours bouge. Un mois de mars relu en juin au cours de juin ne donne plus le même chiffre qu'en avril, alors que la filiale n'a rien vendu de plus.
La moyenne du mois. Chaque mois est converti au cours moyen de ce mois. Les ventes de mars restent au cours de mars, celles d'avril au cours d'avril. C'est la lecture la plus proche de ce que le groupe a réellement gagné en euros au fil des mois, et un mois clos ne bouge plus quand le cours change ensuite. Ce qu'elle cache : comparé au budget, l'écart mélange deux choses, ce que la filiale a fait et ce que la devise a fait.
Le taux budget. On convertit le réalisé avec le même cours que le budget, saisi une fois pour l'exercice. Toute différence avec le budget vient alors de l'activité : volumes, prix, coûts. Ce qu'il cache : la valeur réelle en euros. Si le dollar s'est apprécié, le résultat au taux budget est plus bas que ce que le groupe encaisse vraiment.
Aucun des trois cours n'est faux. Chacun répond à une question différente, et l'erreur courante consiste à en choisir un seul pour tout lire.
Comment isoler l'effet change dans l'écart au budget ?
La méthode tient en deux soustractions. Elle demande le même chiffre de la filiale converti à deux cours.
- Effet change = réalisé au cours réel moins réalisé au taux budget. C'est ce que la devise a ajouté ou retiré, à activité égale.
- Effet activité = réalisé au taux budget moins budget. C'est ce que la filiale a fait de mieux ou de moins bien que prévu, cours neutralisé.
- Contrôle : effet change plus effet activité égale l'écart total (réalisé au cours réel moins budget). Si la somme ne tombe pas juste, une des conversions est fausse.
Le cours réel est en général la moyenne du mois pour le compte de résultat. Sur un exercice, on additionne les mois convertis chacun à leur moyenne. Le budget, lui, a été construit en dollars puis converti au taux budget : il faut garder les deux, le montant en dollars et le cours, sinon on ne peut plus refaire le calcul. C'est une raison de plus pour construire un budget simple qui tient la route, avec ses hypothèses écrites, dont le cours.
Une formule courte donne directement l'effet change sur une ligne : montant réalisé en dollars multiplié par (1 / cours réel moins 1 / taux budget). Elle donne le même résultat que la soustraction, et elle montre pourquoi l'effet change est plus faible sur le résultat que sur le chiffre d'affaires : il s'applique à un montant en dollars plus petit.
Exemple chiffré : un budget à 1,18, un réalisé à 1,10
La Société mère SAS, en euros, détient la Filiale US Inc., qui tient ses comptes en dollars. Le budget de l'exercice a été construit avec un dollar à 1,18. Sur l'exercice, le cours moyen réel tourne autour de 1,10. Pour garder le calcul lisible, on prend 1,10 comme moyenne de l'exercice. Les montants sont fictifs.
Budget de la filiale : 2 360 000 dollars de chiffre d'affaires et 354 000 dollars de résultat d'exploitation. Réalisé : 2 200 000 dollars de chiffre d'affaires et 297 000 dollars de résultat d'exploitation.
Chiffre d'affaires :
- Écart total : 2 000 000 - 2 000 000 = 0 €.
- Effet change : 2 000 000 - 1 864 407 = + 135 593 €.
- Effet activité : 1 864 407 - 2 000 000 = - 135 593 €.
- Contrôle : 135 593 - 135 593 = 0 €.
Résultat d'exploitation :
- Écart total : 270 000 - 300 000 = - 30 000 €.
- Effet change : 270 000 - 251 695 = + 18 305 €.
- Effet activité : 251 695 - 300 000 = - 48 305 €.
- Contrôle : 18 305 - 48 305 = - 30 000 €.
Le chiffre d'affaires en euros est pile au budget. Lu seul, il rassure. Décomposé, il dit que la filiale a vendu 160 000 dollars de moins que prévu, soit 135 593 euros au taux budget, et que la hausse du dollar a exactement compensé.
Le résultat d'exploitation montre le même mécanisme, plus nettement. L'écart affiché est de 30 000 euros sous le budget, ce qui paraît gérable. La filiale, elle, est à 48 305 euros sous son budget à cours constant, soit 16 % de moins que prévu. Le change a masqué 18 305 euros, plus du tiers de l'écart réel. Si le dollar revient à 1,18 l'an prochain, ces 18 305 euros disparaissent, et le problème d'activité reste.
Vérification par la formule courte : 297 000 × (1 / 1,10 - 1 / 1,18) = 297 000 × 0,061633 = 18 305 euros. Même résultat que la soustraction.
Quel cours choisir selon la question posée ?
En pratique, le groupe a besoin des trois cours, chacun à sa place :
- Pour savoir combien de cash le groupe a aujourd'hui, toutes entités confondues : le cours du jour. C'est aussi le cours qui compte pour décider d'une remontée de trésorerie ou d'un cash pooling entre les sociétés du groupe.
- Pour lire le compte de résultat mois par mois et suivre la marge de la filiale : la moyenne du mois.
- Pour juger la performance de la filiale face à son budget, et en parler avec son dirigeant : le taux budget, avec l'écart réel affiché à côté pour que le groupe sache aussi ce qu'il encaisse.
Le dirigeant de la filiale américaine se juge au taux budget : il ne maîtrise pas le dollar, il maîtrise ses ventes et ses coûts. Le groupe, lui, regarde l'écart réel, parce que c'est en euros qu'il rembourse ses emprunts et verse ses dividendes.
Un dernier point conditionne tout le reste : la conversion n'a de sens que si les comptes des filiales sont rangés de la même façon. Un chiffre d'affaires américain qui inclut des refacturations que la France classe ailleurs fausse l'écart avant même la conversion. D'où l'intérêt d'un plan de comptes de gestion commun aux filiales, posé avant de comparer quoi que ce soit.
Consolidation de gestion ou comptes consolidés publiés : qui fixe les règles de conversion ?
Tout ce qui précède relève de la consolidation de gestion : une vue interne, faite pour piloter le groupe chaque mois, où le dirigeant choisit le cours qui répond à sa question. Les flux entre sociétés y sont neutralisés une fois saisis, comme décrit pour la vue de gestion d'un groupe détenu par une holding.
Les comptes consolidés publiés suivent une autre logique. Les règles de conversion des filiales étrangères y sont fixées par le référentiel comptable du groupe (règlement de l'ANC pour les comptes consolidés en normes françaises, IFRS pour les groupes qui les appliquent), et leur établissement revient à l'expert-comptable, leur contrôle au commissaire aux comptes. Les écarts de conversion y suivent un traitement précis que la vue de gestion n'a pas à reproduire. Pour savoir si votre groupe est tenu de publier des comptes consolidés, voir le guide de la consolidation des comptes.
Note : cet article décrit une méthode de pilotage interne et ne constitue pas un conseil comptable ou fiscal. Les cours et montants sont fictifs. Pour vos comptes consolidés publiés et leurs règles de conversion, adressez-vous à votre expert-comptable et à votre commissaire aux comptes.
Où se situe un outil comme Heelio
Heelio fait de la comptabilité de gestion : il réunit les sociétés d'un groupe dans une vue de gestion, même quand elles sont tenues sur des logiciels comptables, des banques et des devises différents. Il ne tient pas la comptabilité des filiales, ne remplace pas l'expert-comptable et ne produit pas de comptes consolidés publiables.
Sur le change, la fonction est disponible depuis le 23 octobre 2026. Chaque filiale garde sa devise de tenue. Vous choisissez le cours de la vue de groupe : cours du jour, moyenne du mois ou taux budget, saisi par devise et par exercice. L'écart au budget se sépare entre ce qui vient de l'activité et ce qui vient du change.
Pour un groupe avec une holding et des filiales en France, la page holdings décrit les situations courantes. Pour voir comment Heelio permet de consolider plusieurs sociétés, y compris une filiale en dollars ou en livres, la page dédiée détaille les sources acceptées et le prix.
Dans l'exemple de la Filiale US Inc., le chiffre qui compte est celui que l'écart total cachait : 48 305 euros de résultat en moins à cours constant. Avant de discuter du budget de l'an prochain avec le dirigeant de la filiale, c'est ce chiffre-là qu'il faut avoir sous les yeux, à côté des 18 305 euros que le dollar a apportés et qu'il peut reprendre.

Par Cyril Coulange, fondateur et CEO de Heelio
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